L’Enfer…mé ! Immersion dans une prison Vénézuelienne

Les prisons vénézuéliennes sont surpeuplées et des émeutes surviennent très fréquemment.

Le Venezuela  évoque bien-sûr l’Amérique latine mais surtout l’impétueux, l’aimé et regretté Hugo Chavez, décédé en mars 2013. Depuis, c’est la descente aux enfers pour le pays. La violence progresse au point de hisser la nation sur le podium des Pays les plus violents du monde !

Et dans les entrailles de cet enfer existe les prisons les plus sordides du continent ! C’est dans l’une d’elles que se passe l’histoire qui suit. Quand on connaît la dureté du Mexique en la matière et qu’on sait qu’il est loin derrière, je vous laisse imaginer qu’une seule heure passée dans l’un de ces centres de détention est déjà une trop lourde peine !

Durant ces 14 dernières années, pas moins de 5 600 détenus ont trouvé la mort dans ces lieux damnés !  2012 étant l’année la plus meurtrière de cette période avec plus de 590 morts décomptés.

Voici 24 heures résumées en quelques lignes ! Jack Bauer n’a qu’à bien se tenir !

9h53 : Arrivée en banlieue de Caracas, à la prison de Los Teques

10h05 : La grille est grande ouverte et laisse apparaître des hommes de tous âges, massés à l’intérieur. Des petits aux cheveux courts en survêtement au grand type à moitié chauve avec des lunettes aux carreaux épais. Il braillent, animent leur conversation et sont tous.. armés ! L’un tient un pistolet dans la main, l’autre porte un fusil d’assaut M16 en bandoulière. Ces hommes, ce sont les détenus.

10h09 : « Bienvenue ! Moi c’est Laurent. Enchanté. C’est la première fois que je reçois un journaliste, d’habitude mes visiteurs, ce sont des putes et mon avocat » lance Laurent le détenu français qui accepte de me recevoir. « Tu vas voir, ça fait bizarre au début de voir autant de mecs armés mais on s’y habitue vite. » On commence la visite par une sordide pièce sans fenêtre. De la salsa nasillarde résonne contre les murs. « Voilà la cantine. La cuisine est dégueulasse.« 

10h14 : Laurent monte vers le deuxième étage. L’escalier est couvert d’impacts de balles. « Ici, c’est chez moi. J’appartiens à la bande du premier étage et on est en guerre contre ceux du rez-de-chaussée et du deuxième. » dit-il d’un air détendu.

10h31 : Dans la prison de Los Teques, les gardiens ne mettent jamais les pieds à l’intérieur. Ils laissent rentrer tout ce que souhaitent les détenus : des écrans plats, des armes, des DVD, des prostituées, de la drogue, etc. La prison est une passoire, au point que l’arsenal accumulé par les prisonniers est nettement supérieur à celui de la poignée de militaires chargés de les surveiller.. Ils pourraient aisément se rebeller et s’enfuir mais le fonctionnement est plus subtil. Prisonniers et matons ce sont mis d’accord. Les premiers acceptent de ne tenter aucune évasion, en retour, les seconds s’engagent à faire rentrer tous les objets qu’ils désirent. Pour les détenus, la seule interdiction, c’est de sortir.

11h00 : « Il faut que je te présente mon pran » annonce Laurent. Le pran c’est comme qui dirait le parrain, le chef de l’étage. Il est assis sur un siège en rotin, au milieu du palier. Sa chevelure poivre et sel est partagée par une raie soignée. Il porte un polo de marque et un jean repassé. Sa peau mate et rasée de près souligne la blancheur de ses dents parfaitement alignées. Courtois, ce chef du gang du premier étage nous souhaite une bonne journée. « Mon pran est tombé pour trafic de coke. Il continue de gérer ses affaires. Il a trois téléphones portables et vient d’installer le WIFI dans sa cellule » nous informe Laurent.

11h17 : Nous entrons dans une grande pièce. Des centaines de draps découpent la salle, formant une multitude de parcelles d’à peine 4m², séparées par du tissu. Laurent vit dans l’un de ses réduits et est condamné à y rester 6 ans ferme pour détention d’armes sur le territoire Vénézuélien, m’explique-t-il.

12h58 : De l’autre côté du drap, un homme pousse un grognement. Son voisin de cellule se réveille. « C’est un Libanais, chuchote Laurent. Il est tombé pour drogue. Il a un tatouage immense dans le dos, marqué « Hezbollah ». C’est un fou dangereux. Fais gaffe, il parle français. »

13h00 : Laurent m’amène manger un sandwich dans une sandwicherie tenue par un homme au cou de taureau, un tee-shirt Hilfiger sur les épaules et un pistolet accroché à la ceinture de son pantacourt. « Lui, c’est Pica-Pica, il est la depuis 6 ans. Pica-Pica, ça veut dire « coupe-coupe ». ce qu’il coupait, ce n’était pas de la cocaïne, plutôt de la chair humaine. Il est tombé pour acte de barbarie« , éclaire Laurent. « Maintenant, il est cuisinier. C’est lui qui prépare les sandwichs.« 

13h33 : Besoin de prendre l’air ? Au dernier étage, une terrasse cerclée d’un grillage rouillé sert de terrain de jeu. Les trois gangs se côtoient sans se mélanger. A bonne distance les unes des autres, les bandes s’épient, s’observent et se testent. Le lieu sert aussi de cours de récréation, des détenus jouent au foot, certains avec un gun à la main. Laurent est tendu. Il jette des coups d’œil nerveux au-dessus de son épaule et se met à murmurer. « Si jamais ça tire, tout peut dégénérer. Il faut courir en se baissant pour éviter les balles perdues« , conseille-t-il. « Parfois, un mec bute un autre mec pour rien. Mon voisin de cellule s’est pris une balle parce qu’il a volé une boîte de thon. Je ne sais plus combien d’homme j’ai vu mourir sous mes yeux. Dix, vingt, cinquante… je ne compte plus« , avoue-t-il sur un ton monocorde, comme s’il ne percevait plus la folie qui l’entoure.

14h17 : Laurent parle l’argot vénézuélien. Il doit sa survie à son BEP micro mécanique qui lui permet de réparer les armes. Il est le seul de la prison capable de débloquer un fusil quand il s’enraye.

Il tire un rideau qui dévoile une pièce au calme. Au milieu, plusieurs plans de marijuana. « Chaque gang cultive son herbe confie le prisonnier. Il y a de tout ici. Marijuana, crack, ecstasy. Et la coke n’est pas coupée. Les prans la font rentrer pure, elle n’est pas mélangée. C’est la meilleure du monde.« 

14h50 : « Il y a 10 ans, il n’y avait pas de prans. D’ailleurs, le mot n’existait pas. Les prisons étaient sous contrôle. Et peu à peu, l’Etat s’est retiré et les gangs ont pris le pouvoir. Le système profite aux autorités, il y a seulement 6 ou 7 militaires sous-payés chargés de surveiller la prison. Pour 1300 détenus… La corruption remplace les salaires et tout le monde ferme les yeux. » Hugo Chavez est arrivée au pouvoir en 1999 et, depuis, le nombre de détenus tués en prison a explosé. En 2013, une ONG indépendante en a recensé 506.

15h00 : Après une poignée de main, Laurent s’éloigne et remonte à son étage. A la sortie, un militaire fouille les visiteurs. Il porte une montre rutilante et trois bagues en or.

Source : Snatch #21 : Visite d’une prison Vénézuélienne

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About Marc

Mon imagination ne se fait pas non plus d'illusions !

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